Convaincue du nécessaire accès pour les femmes à l'éducation comme moyen d'atteindre l'indépendance, cette femme engagée a notamment correspondu avec George Sand, Alexandre Dumas fils et plusieurs féministes anglaises.
Après l’école où elle obtient le Brevet élémentaire, Julie-Victoire Daubié continue à apprendre, animée par une soif de connaissances qui ne la quittera jamais. Elle assiste aux leçons particulières données à ses frères. À 20 ans, la Vosgienne obtient le brevet d’aptitude à l’enseignement supérieur qui autorise les laïcs à enseigner. Elle devient préceptrice à Paris où elle enseigne le programme des Lycées alors même qu’il faudra attendre 1880 pour que soit institué un enseignement secondaire féminin public.
Le 21 juin 1859, Julie-Victoire Daubié remporte le 1er prix du concours de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon pour son ouvrage La Femme pauvre au XIXe siècle dans lequel elle présente la condition des femmes autant d’un point de vue économique que moral et politique. Elle y expose les dysfonctionnements et propose des solutions pour sortir les femmes de la misère.
Ayant remarqué qu’aucune loi écrite n’interdisait à une femme de se présenter au baccalauréat, Julie-Victoire Daubié étudie avec son frère prêtre le latin et le grec et fréquente les cours du Museum national d’histoire naturelle pour compléter sa formation en zoologie. Après avoir essuyé des refus de plusieurs facultés, elle s'inscrit à celle de Lettres à Lyon pour passer son baccalauréat. Le 17 août 1861, Julie-Victoire Daubié, alors âgée de 37 ans, est la première femme en France à obtenir le baccalauréat en totalisant six boules rouges, trois boules blanches et une boule noire (une boule rouge signifiait un avis favorable, une boule blanche une abstention et une boule noire un avis défavorable). À l’époque, personne n’avait envisagé que ce diplôme national puisse récompenser le parcours scolaire d’une femme : elle devient donc « bachelier », le mot n’étant pas encore décliné au féminin.
Julie-Victoire Daubié continue son combat : malgré l’interdiction faite aux femmes d’assister aux cours de la Sorbonne, elles ont le droit de se présenter aux examens. Elle devient donc, à 47 ans, en 1871, la première licenciée ès Lettres sans avoir bénéficié d’un seul cours de cette faculté. Cette fois encore, le mot « licencié » ne s’accordait pas au féminin.
Sitôt la IIIe République proclamée en 1870, l’infatigable Julie-Victoire Daubié lance l'Association pour le suffrage des femmes et écrit aux autorités pour demander leur inscription sur les listes électorales. Il faudra attendre plus de 70 ans pour que les femmes françaises obtiennent le droit de vote.
Cette pionnière du féminisme s’est battue pour l’égalité des filles et des garçons devant l’instruction, la mixité des écoles, leur gratuité et la fin de la tutelle religieuse sur l’enseignement. Cela deviendra une réalité avec les lois de Jules Ferry de 1881 et 1882 qui rendent l’école publique gratuite, laïque et obligatoire pour tous les enfants - filles et garçons - de six à treize ans.
Elle écrivait en 1861 ces mots qui peuvent rester une source d'inspiration pour notre action quotidienne : « La justice, l'humanité, la morale, et par conséquent l'intérêt même de la société, réclament une protection égale pour le développement intellectuel des deux sexes. »
LA MAISON DE L'ACADÉMIE DE CRÉTEIL - BÂTIMENT JULIE-VICTOIRE DAUBIÉ
Mise à jour : février 2026



