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Projet d'écriture de nouvelles
Liaison collège lycée en Seine Saint Denis (93)

Quand le collège Jean Jaurès de Pantin et le lycée Costes de Bobigny s'unissent.

Voici la présentation des travaux de la classe de 3° Découverte professionnelle du collège.
Illustration DR. Mise en page, impression : lycée A Costes à Bobigny

Avec la participation des enseignants Mme Clastrier, Mme Lamoureux, M. Fioretti, M. Ménager et Mme Linche

Nous présentons ici des travaux d'écriture effectués par des élèves de troisième, option découverte professionnelle 6 heures. Quelques explications sur la démarche suivie semblent nécessaires.

Le module de découverte professionnelle 6 heures, en classe de troisième a pour objectif de remobiliser les élèves autour d'un projet de formation. La question des compétences à acquérir dans cette classe de troisième est bien plus sensible qu'ailleurs. En effet, quels textes faire lire ? Quelles pratiques d'écriture privilégier pour des élèves qui se destinent à l'enseignement professionnel et qui connaissent leur dernière année d'enseignement en commun ?

La programmation annuelle doit répondre à une triple contrainte. Tout d'abord, le cours de français doit créer des passerelles entre le caractère généraliste de la discipline et la découverte professionnelle. Par ailleurs, les élèves accueillis dans cette classe sont souvent en très grande difficulté : compréhension insuffisante des textes, pratiques de lecture peu développées, blocages en matière d'écriture, etc.

Enfin, troisième contrainte, découlant directement des deux autres : on doit se poser la question des éléments de formation indispensables pour des élèves qui connaîtront des parcours différents, et qui probablement n'auront plus autant de cours de français. En quelque sorte, tout est à inventer dans cette classe : la définition des objectifs, le dispositif de travail, et les modalités d'acquisition des connaissances.

Définition des objectifs

Le faible effectif de la classe (une quinzaine d'élèves) nous permet d'individualiser les objectifs à atteindre. En matière d'écriture, certains élèves sont dans une situation de réel blocage. Il s'agira de les remettre en situation de produire un texte avant même de songer à la qualité de ce texte. Pour d'autres, beaucoup plus productifs, les difficultés tiennent au caractère confus des textes qu'ils écrivent. On a l'impression que l'écrit produit ne correspond en rien à ce qu'ils avaient projeté : phrases mal construites, idées mal enchaînées, confusion dans l'emploi des substituts pronominaux et lexicaux, maîtrise insuffisante du système des temps, orthographe approximative, etc., donnent des textes denses, longs, confus, face auxquels le correcteur est complètement désemparé, alors même que l'élève a le sentiment d'avoir fourni un réel effort. Tout le travail consistera alors à aider les élèves à revenir sur leurs textes, pour les améliorer et leur donner plus d'intelligibilité.

Le dispositif de travail

Le projet était le suivant : écrire un livre, et le produire. Nous avons contracté un partenariat avec un lycée professionnel (Lycée Costes, Bobigny) qui propose des formations de communication et d'industrie graphique. Pour que chaque élève écrive son texte, nous avons choisi de faire écrire un recueil de nouvelles. Une première phase du travail a consisté à lire des nouvelles à chute, puis a suivi un temps d'écriture. De brouillon en brouillon, les élèves ont fini par avoir, au bout de 5 à 6 semaines (à raison de 2h par semaine), un texte qui leur a servi de support de travail au lycée Costes : mise en page, correction, impression. Pour accompagner ce travail de rédaction, nous avons eu la chance d'animer les séances à deux enseignants.

Modalités d'acquisition des connaissances

L'année a débuté avec la séquence sur le récit : la nouvelle à chute. Nous avons lu et étudié divers textes (issus, entre autres, du recueil Bonnes Nouvelles) afin d'identifier le mécanisme en jeu dans la nouvelle à chute : le principe de la chute et des indices à double sens qui permettent une relecture.
Une fois cette séquence achevée, nous avons commencé le travail d'écriture en atelier. Pour permettre aux élèves de démarrer, nous avions imaginé un système de boîte à outils contenant des premières phrases. Certains élèves se sont emparés de ce dispositif, tandis que d'autres en étaient plutôt gênés (nous les avons donc laissés libres d'imaginer leur propre début). Cette contrainte imposait des personnages, une temporalité, mais aussi un point de vue et un type de récit (passé ou présent). Les élèves devaient ensuite imaginer l'histoire qu'ils souhaitaient raconter mais surtout la chute possible. Une fois la chute inventée, les indices étaient à construire en ayant soin de leur trouver un caractère double. Les deux professeurs que nous sommes avons essayé de guider les élèves dans cette entreprise délicate de la recherche d'idées, tout en essayant de leur montrer que ce travail devait être méthodique et construit, ce qui allait à l'encontre, pour certains, des représentations romantiques de l'écrivain. Lorsque chacun a produit un premier jet, nous avons annoté les copies de semaine en semaine, afin de faire progresser leur récit. Être deux professeurs nous a été fort utile, car parfois ce que l'un ne parvient pas à faire comprendre à un élève, l'autre le peut. Dans certains cas, nous avons également fait travailler les élèves ensemble pour qu'ils s'apportent un regard critique sur leurs écrits. Cet intermédiaire a permis de dénouer certaines situations délicates où les élèves ne parvenaient toujours pas à comprendre ce qu'on attendait d'eux (c'est seulement quand d'autres camarades leur ont reformulé les explications que ces élèves ont enfin saisi l'enjeu de l'exercice d'écriture). La seconde phase de correction a eu lieu lorsque les nouvelles étaient à peu près terminées, il a fallu corriger l'expression et les erreurs de syntaxe, de grammaire et d'orthographe. Pour chaque copie, nous avons annoté mot après mot, de manière à ce que l'élève puisse repérer lui-même ses erreurs et surtout les corriger - ce qui n'a malheureusement pas empêché que, lors du passage du manuscrit au tapuscrit, des erreurs éliminées, réapparaissent...

En conclusion

Au final, chacun aura produit un récit à chute qui a trouvé place dans un recueil que les élèves ont eux-mêmes fabriqué au cours de séances au lycée professionnel A. Costes.
Ce travail nous a amené à faire travailler un grand nombre de compétences d'écriture (construction d'un récit en fonction de l'effet que l'on souhaite produire sur le lecteur, travail de réécriture et de correction, etc.), et chaque élève, avec ses difficultés, ses blocages mais aussi ses compétences propres s'est finalement investi dans le projet. De toute évidence, le fait de s'inscrire dans une logique de production (d'un ouvrage collectif) et non dans le cycle un peu fermé de la séquence apprentissage-exercices-évaluation a permis de lever les réticences attendues de la part d'élèves qui sont arrivés en troisième avec de grandes difficultés.
D'un élève à l'autre, les résultats obtenus sont très différents, mais on constate, au début du troisième trimestre que plus aucun élève ne "bloque" devant une feuille blanche au moment où il doit se lancer dans un travail d'écriture. Par ailleurs, tous les élèves savent maintenant entreprendre d'eux-mêmes le travail de réécriture et de révision qui permet d'améliorer un premier jet. De ce point de vue, l'usage du traitement de texte (qui doit faire l'objet d'un patient apprentissage) tout au long de l'année fut assez précieux.
Enfin, jamais nous n'avons imposé de démarches strictes, mais les élèves ont compris d'eux-mêmes que toute production écrite devait être le produit d'un long travail d'élaboration, qu'en fonction de ce que l'on souhaitait écrire, on devait trouver les moments forts de l'écrit en gestation. Écrire une nouvelle à chute suppose d'imaginer la fin avant le début, de se poser sans cesse la question de l'intelligibilité du récit pour le lecteur, mais également de trouver avant même toute rédaction les mots ou expressions à double sens qui donneront de l'épaisseur au récit. Non plus se demander ce que l'on va écrire, mais se poser la question de ce qui sera lu. Ce qu'on appelait autrefois "faire un plan".                                                                              Par Laure Pansiot et Nasser Laroussi

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Coordination : Patricia Rolland, professeur documentaliste, secrétaire de rédaction du CAREP.

 

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