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Prendre un nouveau cap

Au Port aux Cerises à Draveil, le bateau école ‘Bénard’ sur la SeineSix jeunes, au Port aux Cerises de Draveil, dans l’Essonne (91), passent leur permis bateau. Pour eux, malgré l’ambiance détendue, il ne s’agit pas d’un loisir. Il ne s’agit pas non plus d’une sortie pédagogique, même si cette activité comporte de nombreux objectifs de cet ordre. Pour ces jeunes issus de différents établissements du Val-de-Marne, il est surtout question de se remobiliser sur un projet. Ainsi, le passage de ce permis bateau leur permet de solliciter ou de développer des compétences qui leur seront nécessaires pour leur insertion professionnelle. Concentration, capacité d’anticipation, aptitude à écouter et à communiquer, sens de l’observation, respect des consignes leur sont indispensables pour obtenir cet examen. Ce dernier se déroule en deux temps. Tout d’abord, la partie pratique place les aspirants capitaines en situation grâce à des séances de pilotage. Cette activité est évaluée en contrôle continu. Sur le bateau, il faut savoir prendre un cap, tourner, reprendre le bon cap, s’arrêter, utiliser une boussole et respecter les consignes de sécurité – le gilet de sauvetage est bien entendu obligatoire ! Ensuite, un examen permet d’évaluer les connaissances théoriques. Proche du permis voiture, il repose sur un questionnaire alliant l’image et le son. Ces jeunes ont également été préparés à cet aspect de l’examen. En outre, ils ont étendu leur culture générale en apprenant de nombreuses choses en lien avec la navigation. Ils savent désormais faire un nœud de chaise ou un nœud de cabestan ; certains se sont même montrés particulièrement doués. En outre, ils ont découvert les métiers de l’eau, souvent méconnus. Enfin, ce projet autour de l’obtention du permis bateau s’intègre dans un cadre plus large. Son ambition est d’aider les jeunes à reprendre confiance en eux, après un parcours scolaire atypique, parfois interrompu pour diverses raisons, et de leur donner une impulsion pour qu’ils puissent prendre un nouveau cap qui les mènera à une poursuite d’étude ou à l’emploi. C’est pourquoi des cours de français et de mathématiques étayent également le dispositif. Ce projet, nommé « RESPIRE », financé par le FSE (Fonds social européen) repose sur un fort investissement des adultes qui le portent, notamment ceux de la MGI (mission générale d’insertion), qui travaillent efficacement en réseau avec différents partenaires.

Les 4 élèves s’échauffent dans une salle de sportEn Seine-Saint-Denis, d’autres jeunes tentent également de prendre un nouveau cap. Cette fois-ci, cependant, pas de bateau mais une salle de musculation. Dans un gymnase de Saint-Ouen (93), quatre jeunes aux profils différents, issus de plusieurs lycées du secteur, s’adonnent à des exercices de gymnastique ou de relaxation. Il suffit cependant de rester quelque temps pour se rendre compte que, là encore, il ne s’agit pas d’une séance de sport classique. En effet, entre la corde à sauter et les abdos, les jeunes doivent évoquer leurs qualités, en choisissant les mots les plus précis possible. Les objectifs de ces séances sont nombreux : éduquer les jeunes à la santé, au respect du corps, soutenir un effort, prendre conscience de ses forces… Puis, l’un des intervenants leur fait exécuter le parcours suivant : l’un d’eux, les yeux bandés, doit monter sur un banc, avancer, redescendre, franchir un nouvel obstacle puis monter sur un autre banc et revenir jusqu’à son point de départ. Seul, il ne peut y arriver sans tomber. C’est pourquoi il est guidé à la voix par l’un de ses camarades. Cette activité fait travailler les deux participants. Pour celui qui a les yeux bandés, il doit non seulement avoir assez confiance en lui pour continuer à avancer mais il doit surtout apprendre à faire confiance aux autres. Le guide, quant à lui, doit savoir diriger, tout en inspirant confiance. Après cet exercice, un échange s’installe. Un jeune note que ce qu’il réalise ici lui paraît difficile mais qu’il arrive tout de même à surmonter ces difficultés. La question du rôle des diplômes et de l’expérience professionnelle est également abordée. Les intervenants expliquent à un jeune garçon, persuadé que seul un diplôme supérieur lui ouvre la voie de l’emploi, que cela n’est pas systématique. Enfin, un débat sur la communication s’engage. Il porte sur le fait que très souvent, les problèmes naissent d’une incompréhension entre les personnes et qu’il est donc nécessaire d’apprendre à développer ses capacités d’empathie. Outre ces activités, ces jeunes participent à des séances de théâtre interactif, leur permettant de réfléchir à leurs réactions dans certaines situations et de développer leurs aptitudes comportementales. D’autres actions, faisant intervenir des partenaires extérieurs, complètent ce dispositif, porté là encore par une équipe très investie qui exprime sa satisfaction de voir ces jeunes motivés par cette action qui vise à les aider à faire le point, en se sentant accompagnés, afin qu’ils trouvent un parcours qui leur conviendra.

Sur 2 panneaux, deux photographies présentées lors de l’expositionAider les élèves à prendre un nouveau cap, c’est également le but du projet financé par le FSE « Relais innovant lycéen » mené dans un district du Val-de-Marne. Le sous-titre de ce projet, « un temps pour réinvestir sa scolarité » est éloquent. Il vise à encourager les jeunes à développer leur confiance en eux, à aller vers l’autre, à prendre conscience de leurs compétences, à accepter de consolider des connaissances, à construire, à créer et à être acteur de leur projet personnel. Pour les nombreux acteurs investis dans le projet, adultes issus d’horizons professionnels différents, il permet de travailler en réseau en échangeant et en s’entraidant. Concrètement, les jeunes ont réalisé des reportages audiovisuels sur différents métiers et se sont adonnés à la création artistique avec des photographes et des comédiens. Ce fut pour eux l’occasion non seulement d’acquérir des connaissances et des compétences mais également de réfléchir à leur parcours. Ils ont également réalisé des romans photos grâce à leur étude de la bande dessinée. Ils ont ainsi lu, écrit et exercé leur sens critique. Des cours de mathématiques ont contribué à les remettre à niveau dans cette discipline. Des séances d’orthopédagogie visaient à leur faire comprendre comment on apprend, à les rassurer face au fonctionnement de leur intelligence et à leur fournir quelques clés pour progresser dans leurs apprentissages. Enfin, un atelier leur permettait de réfléchir à leur orientation. C’est donc un projet dense, dont la restitution s’est déroulée le jeudi 14 juin 2012 au lycée Camille Claudel de Vitry-sur-Seine (94), « copilote » de cette action qui a suscité l’adhésion des jeunes, de l’équipe et des familles. À partir de 17 h 30, l’exposition de photographies réalisées par les élèves était visible. Une exposition de grande qualité, grâce au travail des jeunes qui se trouvaient à la fois devant et derrière l’objectif ! Ensuite, après la présentation du projet et de ses intervenants, un film sur cette expérience a été projeté. Deux jeunes filles se sont brièvement exprimées pour évoquer avec enthousiasme cette expérience et souligner le fait que chaque participant en avait retiré quelque chose – notamment elles-mêmes puisqu’elles s’apprêtaient à suivre une voie qui leur convenait. Enfin, un parent d’élève a pris la parole pour remercier l’équipe et a engagé un dialogue avec l’assistance. L’échange s’est prolongé autour de rafraîchissements et des œuvres réalisées par les élèves.

Logo du FSECes trois exemples d’actions mises en place dans l’académie de Créteil s’inscrivent dans la lutte qu’elle a engagée contre le décrochage scolaire. Ces trois programmes très différents montrent bien qu’il n’existe pas qu’une seule réponse au décrochage scolaire mais bien plusieurs réponses qui doivent s’adapter aux jeunes. Elles reposent sur un fort investissement des équipes et sur leur capacité à travailler en réseau. Ainsi, depuis plusieurs années, les plateformes d’accueil et d’accompagnement sont des structures qui cherchent à prévenir et à traiter le décrochage scolaire en associant les partenaires locaux. Elles suivent ces jeunes qu’on appelle des « décrocheurs » tout en cherchant à maintenir leur lien avec leur établissement scolaire. Elles sont pilotées par un chef d’établissement, un directeur de CIO (centre d’information et d’orientation) et un coordonnateur MGI. Selon les territoires, elle est composée de différents intervenants.

Au lycée Camille Claudel, une équipe des plateformes d’accueil et d’accompagnement lors de la restitution du projet FSEDes réunions de réseaux permettent à intervalles réguliers de faire le point sur le public traité et sur les différentes actions menées. Ainsi, la plateforme qui a pour copilote le lycée Camille Claudel de Vitry-sur-Seine (94) propose, outre leur « Relais innovant lycéen », d’autres solutions : remobili­sation, MOREA (module de reprépa­ration à l’examen par alternance), recherche de contrat d’apprentissage… Les élèves participant à l’atelier « musculation » sont, quant à eux, reliés à la plateforme qui est copilotée par le lycée Marcel Cachin de Saint-Ouen (93). Celle-ci propose également d’autres modalités d’accompagnement et note l’importance des partenariats mis en œuvre. Dernier exemple, la plateforme dont l’une des « têtes » est le lycée Louis Lumière de Chelles (77). Parmi ses initiatives, des bilans d’orientation approfondi, des parcours de prévention individualisés réalisés en établissement, des classes relais, le dispositif « discol » alternant heures de cours et ateliers, le relais lycéen, le module « remobilisation vers le projet professionnel », la préparation à la certification de sauveteur secouriste du travail ou la préparation aux concours « santé ».

La diversité de ces offres souligne la volonté de l’académie de Créteil de prendre en compte les individualités et la diversité de parcours. Elle entend ainsi répondre à l’une des trois ambitions du projet académique 2012-2015 : « équité : ne laisser personne au bord du chemin » et permettre ainsi à chaque jeune d’avoir l’opportunité de changer de cap.

Cartouche : MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION NATIONALE - MINISTÈRE DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA RECHERCHE