(Eléments pour la construction d’un cours)
Toutefois, les pistes de travail et les questions que nous proposons d’aborder ci-dessous conviendraient plus particulièrement aux classes de 2de. générale, de Tle. BEP et de Bac Pro ayant déjà un niveau satisfaisant en expression orale. Par ailleurs, nous tenons à préciser que ces propositions de travail ne sont que le résultat d’une expérience menée en classe et qu’il ne s’agit pas ici de présenter un cours-type sur l’utilisation du cinéma en classe.
Vos remarques nous intéressent, écrivez-nous vos suggestions, adaptations, améliorations.
- 1ère. partie – Avant la projection
- a) Préparation de la séquence
Bien entendu, avant la projection en classe le professeur devra visionner le film, de préférence en prenant des notes afin de bien situer l’histoire, d’en dégager les principaux mouvements, d’identifier les personnages et de repérer les faits de langue intéressants.
La fiche technique, ainsi que l’histoire du film que nous présentons ci-dessous sont des renseignements destinés essentiellement au professeur. Celui-ci pourra néanmoins extraire de ces renseignements quelques éléments indispensables aux élèves pour mieux suivre le film.
Comme la durée du film « Central do Brasil » dépasse la durée d’un cours, l’enseignant devra prévoir une projection sur deux cours non consécutifs, en prenant soin de couper le film à la fin d’une action bien précise. Cette solution, contrairement à ce que l’on pourrait croire, ne gêne pas la compréhension de ce type de film et n’enlève en rien de son intérêt. Pendant quelques minutes avant le début de la deuxième partie du film, le professeur pourra demander à des élèves de rappeler la fin de la première partie.
- Fiche technique
Titre : Central do Brasil
Durée : 1h45’
Mise en scène : Walter Salles (metteur en scène et réalisateur brésilien)
Scénario : João Emanuel Carneiro, Marcos Bernstein, Walter Salles
Production : Martine de Clermont-Tonnerre et Arthur Cohn
Ingénieur du son : Jean-Claude Brisson
Musique : Antônio Pinto et Jacques Morelembaum
Acteurs principaux : Fernanda Montenegro, Marília Pêra, Vinícius de Oliveira, Soia Lira, Othon Bastos, Otávio Augusto, Steila Freitas, Matheus Nachtergaele, Caio Junqueira.
Sortie en France : le 2 décembre 1998
Palmarès : Ours d’or au Festival de Berlin en 1998 et Ours d’argent pour Fernanda Montenegro, meilleure interprétation féminine.
- L’histoire
À la gare centrale de Rio de Janeiro, Dora (Fernanda Montenegro), une ex-institutrice qui approche la soixantaine, gagne sa vie en écrivant des lettres pour des migrants illettrés. Un réal pour la rédaction, deux pour l’expédition. Parmi ses modestes clients, Ana (Soia Lira) et son jeune fils Josué (Vinícius de Oliveira). Celui-ci ne connaît pas son père et espère le retrouver grâce à ce courrier.
Lorsque Dora rentre chez elle, dans son petit appartement de banlieue, elle retrouve sa voisine Irene (Marília Pêra). Ensemble, elles se livrent à un drôle de rituel : relire toutes les lettres de la journée et faire le tri. Quelques unes sont envoyées, d’autres sont directement jetées et la plupart finissent dans un tiroir, une sorte de purgatoire où elles attendent une seconde chance. C’est ici qu’atterrit la lettre destinée au père de Josué.
Quelques jours plus tard, Ana et Josué reviennent voir Dora pour lui dicter une nouvelle lettre. Mais en sortant, Ana est renversée par un bus et meurt sous le regard de son fils. Abandonné, sans ressources, Josué erre dans la gare. Et il ne connaît que Dora…
D’abord insensible au désarroi de ce petit garçon, elle finit par traverser le pays avec lui pour l’aider à retrouver son papa. De bus en camion, à travers des terres inconnues, ils entreprennent alors le plus passionnant des voyages : celui qui mène à la découverte se son propre cœur.
- b) Travail avec les élèves
La projection de « Central do Brasil » est une bonne occasion pour découvrir (ou approfondir) certains aspects de la civilisation brésilienne. Ainsi, avant de passer le film, le professeur pourra consacrer un ou deux cours aux questions suivantes:
- les principales régions géographiques du Brésil (utiliser une carte et situer notamment les principaux lieux de l’action du film : Rio, le Nordeste, l’Etat de Pernambuco ;
- le peuplement du pays (le Indiens, l’arrivée des Portugais et la colonisation, l’esclavage des Noirs, l’immigration à la fin du XIXè siècle) ;
- l’organisation politique du Brésil (système fédératif, les Etats, la dictature de années
64-85) ;
- quelques données socio-économiques (le Nordeste et ses problèmes spécifiques, les grandes villes du Sud-Est, les migrations internes, les inégalités sociales, l’éducation).
- Le professeur pourra se limiter à présenter la partie géographique et demander à des élèves de présenter les autres parties, sous forme de fiches, à partir de recherches effectuées au CDI. Les sources en portugais, dans ce domaine, étant plus rares ou trop pointues, on acceptera l’utilisation du français. Les élèves pourront aussi faire des recherches sur des sites web brésiliens, mais cette démarche nécessite auparavant que le professeur leur donne des indications et des consignes précises afin d’éviter une «navigation» tous azimuts.
- Les commentaires ci-dessous, de Walter Salles, l’auteur du film, permettront au professeur d’enrichir sa phase de préparation «avant la projection» et ils pourront lui suggérer des idées pour le travail oral et écrit («après la projection») sur les thèmes abordés dans le film, sur les personnages ou sur les acteurs. D’ailleurs, en guise de conclusion, lors du dernier cours consacré au film «Central do Brasil», le professeur pourra utiliser la fin du texte ci-dessous où l’auteur répond à la question «comment avez-vous découvert Vinícius de Oliveira (Josué)?» Le commentaire de Walter Salles concernant ce personnage, Josué, est émouvant, suscite des réactions et permet de réaliser un débat sur les enfants dans les pays pauvres.
- Walter Salles, à propos de « Central do Brasil »
(extraits de la brochure de promotion du film « Central do Brasil », publiée par l’Association Française des Cinémas d’Art et d’Essai):
- Pour vous, « Central do Brasil » est avant tout un road movie ?
C’est surtout un film sur la quête de l’identité. C’est l’histoire d’un enfant qui essaie de retrouver son père qu’il n’a jamais connu, mais c’est également celle d’une femme qui a abandonné ses sentiments et qui ne sait plus vivre. Et bien sûr, le film raconte aussi la quête d’un pays spécifique, ce pays qui est très différent du Brésil officiel… Ici comme ailleurs, on est un peu la proie d’un discours très globalisant où le baromètre est surtout l’efficacité. Aujourd’hui, tout ce qui touche aux questions fondamentales de la connivence, de la convivialité entre les gens, est abandonné. Au Brésil, d’un côté il y a le pays du journal télévisé, de la violence, de l’industrialisation et de la compétitivité, et de l’autre, il y a ce pays souterrain où une certaine innocence, une quête de solidarité sont encore possibles.
- Ces deux aspects du Brésil sont clairement montrés dans le film.
Oui, la première partie est très liée à la gare, cet espace de perte d’identité , de mouvement constant, où se croisent chaque jour 300 000 personnes. Ensuite, on découvre le Brésil plus archaïque, plus simple, oublié par le pays officiel mais beaucoup plus riche et plus intéressant.
- Dans « Central do Brasil », on retrouve le thème de l’exil, qui était déjà présent dans « Terre lointaine », votre avant-dernier film. C’est un sujet qui semble vous passionner.
Oui, pour des raisons personnelles liées à l’histoire de mon pays. Mon père était diplomate et j’ai vécu dans plusieurs pays différents, notamment en France de 5 à 11 ans. J’ai toujours connu ce que les Brésiliens appellent la « saudade ». C’est un certain manque de notre pays, de nos racines, que j’ai découvert quand je suis revenu au Brésil. D’un autre côté, j’ai également été marqué par l’histoire récente du Brésil lorsqu’en 1990, cet Etat a cessé d’être un pays d’immigration. Aujourd’hui, les gens partent et ne sont pas acceptés là où ils vont. « Terre lointaine » évoquait cela et parlait d’une génération qui n’avait plus la possibilité de choisir. Dans « Central do Brasil », je crois qu’on parle de l’importance de l’action, nécessaire au changement. Le petit garçon est l’ange propulseur de l’action. De par son désir de retrouver son père qu’il n’abandonne jamais, il crée toutes les modifications du film. Et l’union entre cet enfant et cette femme, qui sont tellement antagonistes au début, génère aussi la possibilité d’un changement. L’exil est dans chacun des personnages. Dora est exilée de ses propres sentiments, l’enfant est exilé de son passé, et de par l’action, ils arrivent à rompre l’effet de cet exil mutuel.
- Parlons un peu de Dora. Comment la définiriez-vous ?
Pour nous, c’est une femme que l’on rencontre tous les jours dans la rue. Elle fait partie de ces gens aigris des années 70-80, qui ont coupé toutes relations avec ceux qui sont différents d’eux et qui n’ont aucun problème moral à vivre de petites mesquineries. Les gens se reconnaissent en elle parce que, d’une manière ou d’une autre, tout le monde a plus ou moins exercé ce genre d’action. Le fait qu’elle puisse avoir une deuxième chance à travers le contact avec l’enfant crée une relation intéressante avec le public.
- Comment avez-vous découvert Vinícius de Oliveira (Josué)?
Pendant huit mois, nous avons fait plus de mille cinq cents essais à travers tout le Brésil, dans des endroits aussi différents que les cours d’art dramatique ou les « favelas ». Quelques semaines avant le début du tournage, je suis allé prendre un avion dans le petit aéroport situé au centre de Rio et un enfant est venu me voir. C’était le cireur de l’aéroport. Il m’a dit : « Tu sais, il pleut, et quand il pleut, personne ne fait cirer ses chaussures. Mais j’ai besoin de manger, alors pourrais-tu me prêter un réal pour que je puisse m’acheter un sandwich et quand tu reviendras de ton voyage, je te cirerai tes chaussures. Je suis toujours là. » « Ecoute, je t’offre le sandwich, lui dis-je, mais en contrepartie, je te propose quelque chose d’autre. Est-ce que tu accepterais de faire un test pour le cinéma ? J’ai besoin d’un petit acteur pour mon film. » “Il m’a répondu : « C’est pas possible, je ne suis jamais allé au cinéma . » « C’est exactement comme la télévision, lui dis-je, mais en beaucoup plus grand et plus intéressant. Donc, ça peut te plaire… Et il m’a dit : « Bon, d’accord, je peux essayer, mais il y a combien de rôles ? » « Un seul et si tu viens, tu as peut-être des chances », lui ai-je répondu . « Non ! C’est pas ça du tout, me dit-il, c’est qu’il y a trois ou quatre garçons de mon âge qui cirent les chaussures ici et je voudrais les amener, comme ça tout le monde aura une chance . » « D’accord, lui dis-je, tu peux les amener mais tu risques aussi de perdre ta chance parce que je peux en choisir un autre. » « Bon, c’est pas un problème, précise-t-il. Si tu en choisis un autre, tu en choisis un autre. » Il est donc venu avec tous ces enfants et il a fait un test qui était, de loin, le plus brillant de tous. J’étais à la recherche d’un enfant qui avait une connaissance du monde de la rue, qui savait ce que représentait la bataille de la survie, mais qui n’avait pas perdu son innocence. C’est exactement ce qu’il avait en lui. Il ressemblait à un petit guerrier qui n’avait pas fléchi et qui avait maintenu une honnêteté de principes et une rigueur qui étaient vraiment intéressantes. Mais, lorsque je l’ai choisi, je lui ai dit : « Ecoute, je t’invite à faire le film à une seule condition : après le tournage, tu retournes à l’école. » Il avait abandonné l’école depuis deux ans pour aider sa famille. Il n’avait que neuf ans. Il a donc accepté et a travaillé avec un sérieux et un pouvoir de concentration épatants. La moitié de l’équipe n’avait jamais fait de cinéma et Vinícius a influencé tout le monde… J’ai travaillé avec des gens qui avaient quelque chose de plus important que l’expérience, c’est-à-dire le désir. »
- 2ème. partie - Après la projection
- a) L’oral
Lors du travail oral, l’enseignant cherchera surtout à vérifier chez l’élève son niveau de compréhension des événements racontés dans le film et aussi sa capacité à s’exprimer en réutilisant le vocabulaire et les expressions entendus. Il profitera pour revoir l’emploi de « você » au Brésil, ainsi que certains mots ou expressions se rapportant aux transports, utilisés fréquemment dans ce film : « o trem », « o ônibus », « dirigir o caminhão », « parada ». Ou d’autres mots encore, typiques du portugais du Brésil, tel que « moleque ».
Voici une série de questions se rapportant au film et qui peuvent alimenter ce travail oral :
- Por que razão o título deste filme é « Central do Brasil » ?
- O que é que Dora fazia na Central do Brasil ?
- A quem Ana queria mandar uma carta ? Porquê ?
- Quais foram as circunstâncias da morte de Ana ?
- Diz como é que Josué foi parar na Instituição para crianças órfãs ?
- Mas Dora resolveu tirar o menino da Instituição. O que a fez mudar de ideia ? Explica.
- Durante a viagem para Pernambuco, Dora e Josué não tinham mais dinheiro. O que foi que o garoto inventou para ganhar dinheiro ?
- Finalmente, Josué encontrou o pai ? Como acaba a história ?
- b) L’écrit
Le travail écrit pourra porter sur la civilisation et sur les personnages du film et il pourra consister en un devoir à la maison. Ci-dessous, voici quelques propositions de questions à traiter :
- Identifica brevemente cada um desses personagens : Josué, Ana, Dora, Irene.
- Como foi que Dora e Josué chegaram até à aldeia do pai do menino ? Conta os
principais episódios (a viagem, as pessoas que encontraram, a procissão, etc.).
- Que visão o filme nos dá do Nordeste e que cenas te impressionaram mais nessa
região ? Porquê ?
- Analisa brevemente as relações entre Dora e Josué e também o carácter de cada um.
- Resume, em 8 ou 10 linhas, o filme « Central do Brasil »
- Autre exercice possible, à faire en classe ou à la maison : traduire, dans l’entretien avec Walter Salles (ci-dessus), une partie de la question concernant la découverte de Vinícius de Oliveira. Ici, bien entendu, le professeur vérifiera principalement la compétence de l’élève à traduire les dialogues où apparaissent de nombreux pronoms personnels compléments indirects et des formules de politesse.