Solidarités et réussites Académie de Créteil
L' apprentissage de La Marseillaise peut s'appuyer sur différentes situations pédagogiques mettant en œuvre les objectifs de l’éducation musicale.
Étymologie : Provenç. hymne ; esp. himno ; ital. inno ; du lat. hymnus, qui vient du grec. Les étymologistes le tirent du grec signifiant chanter. Au contraire, d'après Curtius, le grec est de même racine que dans le verbe tisser et le mot tissu ; à l'époque reculée où l'écriture était inconnue, la plupart des mots qui servent à indiquer une composition poétique étant empruntés à l'art du tisserand, du constructeur, etc.
| I Allons ! Enfants de la Patrie ! Le jour de gloire est arrivé ! Contre nous de la tyrannie, L'étendard sanglant est levé ! (Bis) Entendez-vous dans les campagnes Mugir ces féroces soldats ? Ils viennent jusque dans vos bras Égorger vos fils, vos compagnes Aux armes, citoyens ! Etc. |
II Que veut cette horde d'esclaves, De traîtres, de rois conjurés ? Pour qui ces ignobles entraves, Ces fers dès longtemps préparés ? (Bis) Français ! Pour nous, ah ! Quel outrage ! Quels transports il doit exciter ; C'est nous qu'on ose méditer De rendre à l'antique esclavage ! Aux armes, citoyens ! Etc. |
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REFRAIN Aux armes, citoyens ! Formez vos bataillons ! Marchons, marchons ! Qu'un sang impur... Abreuve nos sillons ! |
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| III Quoi ! Des cohortes étrangères Feraient la loi dans nos foyers ! Quoi ! Des phalanges mercenaires Terrasseraient nos fiers guerriers ! (Bis) Grand Dieu ! par des mains enchaînées Nos fronts sous le joug se ploieraient ! De vils despotes deviendraient Les maîtres de nos destinées ! Aux armes, citoyens ! Etc. |
IV Tremblez, tyrans et vous, perfides, L'opprobre de tous les partis ! Tremblez ! Vos projets parricides Vont enfin recevoir leur prix. (Bis) Tout est soldat pour vous combattre. S'ils tombent, nos jeunes héros, La terre en produira de nouveaux Contre vous tout prêt à se battre. Aux armes, citoyens ! Etc. |
| V Français, en guerriers magnanimes Portons ou retenons nos coups ! Épargnons ces tristes victimes, A regret, s'armant contre nous ! (Bis) Mais ce despote sanguinaire ! Mais ces complices de Bouillé ! Tous ces tigres qui, sans pitié, Déchirent le sein de leur mère ! Aux armes, citoyens ! Etc. |
VI Amour sacré de la Patrie Conduis, soutiens nos bras vengeurs! Liberté ! Liberté chérie, Combats avec tes défenseurs ! (Bis) Sous nos drapeaux que la Victoire Accoure à tes mâles accents ! Que tes ennemis expirants Voient ton triomphe et notre gloire! Aux armes, citoyens ! Etc. |
| Nous entrerons dans la carrière, Quand nos aînés n'y seront plus ; Nous y trouverons leur poussière Et la trace de leurs vertus. (Bis) Bien moins jaloux de leur survivre Que de partager leur cercueil Nous aurons le sublime orgueil De les venger ou de les suivre. Aux armes, citoyens ! Etc. |
Enfants, que l'Honneur, la Patrie Fassent l'objet de tous nos voeux ! Ayons toujours l'âme nourrie Des feux qu'ils inspirent tous deux. (Bis) Soyons unis ! Tout est possible ; Nos vils ennemis tomberont, Alors les Français cesseront De chanter ce refrain terrible : Aux armes, citoyens ! Etc. |
Lien utile : http://www.assemblee-nationale.fr
Les supports musicaux proposés permettent d'enchaîner le couplet et deux refrains et les bandes-son de soutenir l'apprentissage. Il est cependant important de procéder à une écoute préalable avec les élèves afin de repérer les différents éléments nécessaires à la mise en place collective
Lien audio 1 : Marseillaise audio en Fa 02
Quand les élèves connaissent bien le chant, l'accompagnement sans mélodie permet de proposer une interprétation enrichie d'un contrechant.
Texte cruel et violent, paroles outrancières, injonctions vindicatives : on ne peut nier ces composantes et cette première impression que donne l’écoute, ou la lecture, des paroles de La Marseillaise, cependant on ne saurait réduire l’hymne national à cette interprétation hâtive et partielle. En effet, celui-ci a été composé dans un contexte bien précis : le printemps 1792 où la Révolution est en péril car les troupes étrangères, dont les rangs sont grossis par des aristocrates français émigrés, menacent les frontières de France.
« On ne saurait séparer ce qui devint bientôt l’Hymne des Marseillais de son contexte historique : la crise du printemps 1792. Élan national et poussée révolutionnaire furent inséparables. »
(Albert Soboul, Histoire de la Révolution française de la Bastille à la Gironde, Paris, Gallimard, 1974, p. 286)
Ainsi c’est d’une guerre « défensive » qu’il s’agit, et l’auteur exhorte les vaillants soldats républicains à défendre la France et les idéaux … Puis, à partir du 4e couplet, Rouget de Lisle en appelle à la fraternité et à la paix universelles, idéaux fédérateurs de la République instituée.
Il s’agit donc de donner aux enseignants quelques pistes de travail pour permettre aux élèves de mieux comprendre les termes et les images utilisés dans par l’auteur et, partant, d’en percevoir les enjeux historiques et idéologiques ainsi que la portée citoyenne toujours d’actualité.
Le premier couplet est construit en deux temps. Il s’ouvre sur un verbe d’action à l’impératif avec une première personne du pluriel « allons, » la seconde partie commence sur une deuxième personne du pluriel « entendez-vous ». Bien qu’employant deux formes différentes, ces verbes désignent les mêmes destinataires mais vus sous un angle différent.
Vers 1 : Allons ! Enfants de la Patrie !
Le premier mot est un impératif. Il fait partie de ces verbes de mouvement fréquents, depuis l’antiquité, dans les discours des généraux aux soldats, pour exhorter au combat. Les soldats concernés sont immédiatement appelés « enfants de la Patrie », en effet ces derniers sont nés de la Patrie, et donc ils se reconnaissent dans la nation car ils voient en elle une mère fondatrice et nourricière. Elle est celle qui les a fait naître et qu’ils se doivent de défendre, pour laquelle ils peuvent aller jusqu’à se sacrifier.
Vers 2 : Le jour de gloire est arrivé !
Le deuxième vers fait une annonce, il exprime un avènement : « Le jour de gloire est arrivé! ». En même temps, reprenant là encore les procédés rhétoriques des discours militaires, il annonce ce que la victoire, considérée comme acquise, va apporter. « La Gloire » est entendue comme la renommée que l’on acquiert, mais elle sous-entend aussi l’éventualité de la mort. Les « enfants de la Patrie » sont donc prêts à donner leur vie pour celle qui les a fait naître. Par là-même, ils sont élus par le destin pour être hissés au rang de héros.
| Vers 3 et 4 : | Contre nous de la tyrannie, L’étendard sanglant est levé ! |
Les ennemis ne sont pas cités dès le début du chant. Les paroles exhortent d’abord, puis nomment ceux qu’il faut affronter ensuite. La construction de ces deux vers procède par inversion. Une syntaxe courante aurait proposé : « l’étendard sanglant de la tyrannie est levé contre nous ». Cette inversion force l’attention et renforce le rythme qui devient alors moins linéaire. De fait, on attend la suite. A noter, la place de « contre nous », qui en tout début de vers met l’accent sur l’hostilité dont le « nous » est victime. Puis, le rapprochement, « nous » et « tyrannie » dans le même vers, rend plus odieuse cette tyrannie. Cependant, aucun ennemi précis n’est nommé, aucun nom de peuple, aucun pays. Il s’agit bien de toute forme d’hostilité à l’égard de ces « enfants de la Patrie » : monarchies hostiles, ennemi intérieur ou étranger, bref toute puissance menaçant la jeune République française. Le terme d’« étendard » fait davantage référence à des enseignes de guerre, des oriflammes du temps passé que le mot drapeau qui, lui, est attaché au symbole de la nation et de la patrie. L’adjectif « sanglant » amorce la suite, le deuxième temps du couplet où les enfants deviennent des pères et des maris.
| Vers 5 et 6 : | Entendez-vous dans les campagnes Mugir ces féroces soldats ? |
De l’exhortation, on passe à l’interrogation toute rhétorique « Entendez-vous ». Or, ce que l’on entend, de manière diffuse, et rendue plus inquiétante encore par l’imprécis pluriel de « les campagnes » ; ce sont, non pas les cris, mais les mugissements des soldats ennemis. Les deux termes « mugir » et « féroces » font très précisément référence, par leur sens étymologique, à la bestialité des ennemis. Ces soldats ne sont plus des hommes mais des bêtes sanguinaires. Le tableau terrifiant va se préciser.
| Vers 7 et 8 : | Ils viennent jusque dans vos bras Égorger vos fils, vos compagnes |
La dimension hyperbolique du lexique est renforcée par le mouvement de la phrase : grâce à l’emploi du présent de l’indicatif : « ils viennent », et par un effet visuel frappant, on voit ces féroces ennemis venir égorger - on reprend le champ lexical de la bestialité sanglante - les enfants et les épouses. Ceux qui étaient précédemment les enfants sont maintenant des pères et des maris. Après avoir sollicité la fibre citoyenne, le sens collectif du devoir, l’argument de persuasion vise à toucher la vie privée, la famille, que les hommes doivent défendre. L’entité de la Patrie s’incarne dans ceux que les hommes se doivent défendre. Le premier couplet de ce chant d’exhortation qu’est La Marseillaise, s’il est parfois teinté de la couleur du sang, doit davantage être entendu, aujourd’hui, comme un appel au sens du devoir et à la responsabilité que comme une incitation au combat.