Méthode de lecture
par Caty MAMOU-MANI, CPC de Saint-ouen
d'après les travaux de l'ONL (Observatoire National de la Lecture)
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Sommaire
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Définition: manière
dont on considère qu'il faut apprendre à lire.
Deux méthodes se sont opposées :
Celle qui privilégie l'entrée dans l'écrit par le signe écrit ou oral : Méthode syllabique ou synthétique
Celle qui privilégie l'entrée par le sens :Méthode globale
L'apprentissage de la lecture jusqu'au début du XXème siècle
En Grèce antique, les élèves commençaient à étudier les lettres (grammata); ils apprenaient d'abord leurs noms (anomata), puis leur caractère (tupoi) et leur valeur (dunameis), ensuite les syllabes.
A Rome, on apprenait par cœur les lettres latines: les abecedarii. Puis on passait aux syllabarii: il s'agissait de composer toutes les syllabes possibles. Enfin, on épelait les nomonarii qui permettaient de déchiffrer des phrases simples.
La lecture était d'abord expressive à haute voix.
Les textes littéraires étaient conçus par leurs auteurs en vue d'une lecture à voix haute interprétative.
La lecture particulièrement difficile puisque les mots n'étaient pratiquement pas séparés: ARMAVIRIRVMQVECANOTROIAEQVIRPRIMVSABORIS ( premier vers de l'Enèide).
Au moyen âge, quelques rudiments de la lecture sont enseignés afin que les élèves puissent psalmodier la messe. On enseigne la lecture à haute voix du latin pour répondre à la messe.
Au XVII siècle la présentation des textes est plus aérée, avec des blancs typographiques, permettant la respiration. L'illustration est plus importante, ceci prouve un changement des habitudes de lecture.
Un outil très populaire et très
bon marché :
L'abécédaire
Il permet l'alphabétisation des milieux privilégiés ( aristocrates et haute bourgeoisie ), ils vont pratiquer la lecture mot à mot, silencieuse et individuelle.
Un livre unique qui apprend la technique de la lecture.
Les premières planches comportent les lettres puis les syllabes.
Les autres planches contiennent des mots, des phrases puis des petits textes.
On va de l'élément le plus simple à l'élément complexe en passant par la combinaison d'éléments simples.
L'apprentissage est d'abord mécanique, dépourvu de sens et fondé sur une unité non linguistique ( la lettre n'étant pas le symbole d'un son).
La lecture était considérée comme l'oralisation de l'écrit.
L'instruction des petits enfants comporte d'abord l'étude des lettres, puis celle des syllabes et conduit peu à peu à la connaissance des mots et des phrases
Rémi d'Auxerre LA NAISSANCE DU MANUEL
Les livres de lecture sont d'abord un véhicule idéologique ( livres de piété, psautier….)
En 1831, une commission est chargée de choisir les livres pour les écoles primaires.
Puis la tâche de choisir devient de plus en plus difficile.
L'Etat décide d'interdire certains ouvrages et laisser libre choix parmi les autres.
Différentes méthodes de lecture
Le livre de lecture des petits Français : La méthodes Boscher ou la journée des tout-petits, apparaît après la deuxième guerre mondiale. Il contient des exercices d'orthographe et de calligraphie.
Encore aujourd'hui, il remporte un vif succès auprès des parents.
La progression de ce livre:
i, u, o, a, e, é, è, ê o p, t, r, n, m, l, c, d, v, s, b, f, j, g, ch
Ar, or, ir, ur, al, il, ol, ul, ac, oc, ic, uc,
Our, oir, eur, ill, ll, ail, euil, eil, eille, au, eau, oin, ien, gn, if, ouf, euf, oif, aul, oul, eul, oil, ec, el, er, es, x, z, ai, ei, air, et, est, ette, er, ez, ier, ain, ein, y, yn, oy, ay….
1- Commentaire de l'illustration
2- Exercices d'élocution et de vocabulaire
3- Ecriture au tableau des mots proposés par les élèves
4- Exercices syllabaires: bé, ba, be, bu
5- Composition de syllades: s+a = sa
6- Lecture de mots contenant des blancs graphiques séparant les syllabes afin de faciliter le déchiffrement ( perte de l'unité graphique du mot)
C'est en lisant qu'on apprend à lire
Son intention: Mettre fin au désintérêt de la plupart des élèves pour la lecture des syllabes sur un tableau mural.
Naissance du texte libre: témoignage de la vie de la classe, des petits événement si importants aux yeux des enfants : Honoré a un joli petit chat gris et blanc. Il le couche avec lui dans le lit. Le matin le petit chat s'éveille en lui léchant la figure.
La vie entre dans l'école!
Utilisation de l'imprimerie pour garder une trace tangible des évènements fugitifs
L'enfant devient acteur.
Grand novateur en pédagogie : recours au texte libre et à l'imprimerie. Premiers liens entre lecture et écriture.
Naissance da la Méthode naturelle
Supports: des articles de journaux
Le texte est appréhendé globalement
Analyse et synthèse
Impression du texte
Reconstitution lettre par lettre : Apprentissage du signe écrit.
Enseignement de la lecture comme celui des lettres ou des sons, puis celui des syllabes et enfin des mots qui permettent de composer des phrases.
Manuels : abécédaire, méthode Boscher, Daniel et Valérie, Ratus, les méthodes mixtes à entrée phonique.
Seul le signifiant change, on part du signifiant oral et non écrit pour aller vers le mot. Dans tous les cas on élude le signifié, c'est à dire le sens.
C'est la méthode la plus enseignée.
La méthode syllabique à entrée alphabétique
Progression: a, i o, u é è, ê, p, t, s, m, o, f, r, n, d, j, h, b, g, ch, c, ou, tr, pr, or, gr, fr, dr, cr, dr,bl, pl, fl, gl,om, on, oi.. Les voyelles avec distinction phonique dans l'accentuation écrite, quelques consonnes, les voyelles composées, les consonnes associées à l ou à r, les sons dits inverses, les difficultés c'est à dire les digrammes et les trigrammes.
Démarche: ( Une mule est dans l'écurie)
Discuter sur l'illustration, le maître questionne pour que les élèves prononcent tous les mots qui composent la phrase clé
Le maître lit la phrase clé et décompose oralement en mots, puis par un symbole graphique: une mule.
Les enfants répètent en chœur la phrase.
Les trois mots contenant la lettre u sont décomposés pour isoler la syllabe formée avec u : u ne, mu le, é cu rie.
Exercices pour mémorisation de la phrase et reconnaissance visuelle de la lettre u.
On recherche l'automatisation le plus parfait entre la reconnaissance de la forme graphique, l'émission de son correspondant et la reproduction de la forme graphique.
La lettre n'est pas l'unité linguistique de notre code écrit ( les irrégularité sont des constantes).
Comment l'enfant va passer de la perception des syllabes à la signification globale de l'ensemble.
Aucune anticipation n'est prévue, aucune prise de risques.
Vocabulaire et syntaxe pauvres. Une suite d'énoncés et non un vrai texte avec une cohésion d'ensemble.
Aucun signe extra-alphabétique: ponctuation et majuscule.
L'attention excessive à la syllabe conduit l'enfant à syllaber.
Avec la linguistique va s'opérer une petite révolution.
En découvrant la phonologie, les pédagogues vont changer de point de départ qui ne sera plus la lettre, mais le son,le phonème, sans changer radicalement de démarche.
La méthode syllabique à entrée phonique
Le Sablier ( 1970 ) Méthode venue du Canada.
Des méthodes qui tiennent en compte l'aspect sonore de la langue.
Les idées novatrices :
- Partir de l'oral ( connaissance des enfants)
- Porter l'accent sur la relation entre l'oral et l'écrit c'est à dire entre le phonème et le graphème.
Le Sablier perfectionne cette démarche par la reconnaissance des relations contingentes mais contraignantes qui se sont historiquement établies dans le codage écrit des phonèmes…
Le Sablier dit : Ecoute la phrase. Ecoute les sons qui la composent. Regarde comment ils s'écrivent. Lis la phrase.
Quatre grands domaines de prérequis:
- le domaine affectif: sécurité, sécurité affective;
- la sensori-motrice et la psychomotricité : schéma corporel, latéralisation, orientation dans l'espace, orientation dans le temps, activités sensori-motrice ( perception visuelle, perception auditive, articulation ), coordination motrice, écriture;
- la capacité de communication: niveau de développement du langage oral, désir de lire;
- les aptitudes intellectuelles: compréhension du langage, aptitude à l'analyse et à la synthèse.
Méthodologie du Sablier ( Méthode très structurée)
1- Le premier jour, on étudie une comptine et le phonème vedette :
les enfants doivent être capables de mimer avec les mains la comptine, son rythme et ses accents;
ils doivent situer le phonème étudié dans la chaîne sonore;
enfin ils voient comment s'écrit le phonème.
Ils découvrent le costume du son qu'ils rangent dans un placard.
[o]
Au, eau, o, ot, aud, Haut, os, au, aux
Le deuxième jour, les élèves proposent des mots où l'on entend des sons privilégiés.
Les mots sont expliqués, analysés phoniquement puis graphiquement.
Ils forment des phrases avec les mots contenant le son appris.
Le maître pratique un renforcement technique en faisant manipuler, lire, copier des syllabes artificielles.
Le troisième jour, on travaille sur des phrases de la vie courante.
Le quatrième jour, la classe fabrique un conte collectif et lit le conte du manuel.
Le cinquième jour, l'enseignant contrôle les acquis.
Un manuel ( démarche du Sablier) Au fil des mots
Le premier jour, observation et description d'images.
Le maître retient et écrit au tableau l'histoire qui est la plus proche du manuel.
Certains mots nouveaux sont découverts librement.
Avec des étiquettes les enfants fabriquent des phrases dictées par le maître.
On termine par la lecture du texte écrit sur le manuel.
Le deuxième jour, exercices de révision et de mémorisation.
Le troisième jour, le phonème vedette est étudié, on vérifie l'identification auditive du phonème et sa place dans les mots et les phrases.
Le quatrième jour, on découvre la ou les graphies du phonème et on l'écrit.
La démarche est très structurée: courte phase globale, phase d'analyse avec discrimination auditive puis visuelle, phase de synthèse.
36 phonèmes répartis en 36 semaines.
On part de phonèmes pour trouver des graphies qui permettent par combinaison de trouver des syllabes puis des mots.
Le rapport entre le code oral et le code écrit est fondamental et l'analyse des composantes phoniques nécessaire.
Les critiques à cette méthode dite Mixte
Ignorance des lettres muettes, capitales pour l'orthographe syntaxique.
Manque de remarques sur les marques du genre et du nombre.
Aucune réflexion intuitive sur la grammaire.
La méthode globale L'innovation de la démarche qui consiste à privilégier le sens date du XVIII ème siècle. L'abbé Adam, propose de partir de la phrase pour aboutir à la lettre puis au son.
Démarche de la méthode globale de Decroly
Partir d'activités motivantes et de situations liées à la vie de tous les jours. Les textes sont proposés oralement par les enfants.
Les élèves apprennent d'abord à reconnaître globalement les énoncés avant de procéder à des activités d'analyse.
Le sens et la compréhension sont prioritaires.
Le maître insiste sur la coïncidence entre ce qui a été dit et ce qui est écrit. Tout ce qui est écrit peut se lire, tout ce qui se lit peut s'écrire.
Ensuite il fait faire des observations sur un même mot écrit dans des phrases différentes. Pérennité du sens et variation syntaxiques ou orthographiques La méthode globale de Decroly
Exemple :
Papa donne un bonbon à Jean.
Papa donne un vélo à Jean.
Maman donne un vélo à son fils.
Maman offre un vélo à son fils.
Maman offrira un vélo à son fils.
Maman n'offrira pas un vélo à son fils.
Papa et Maman n'offriront pas un vélo à leur fils.
Changement de sens, de graphies de sons.
L'enfant prend conscience qu'un changement de forme accompagne un changement de sens.
L'orthographe la forme naturelle de la langue écrite, fonctionnement grammaticale de la langue.
La méthode idéovisuelle : E. Charmeux et J. Foucambert, comme dans la méthode globale, font du sens leur priorité.
Ils prônent l'accès direct dans le sens, la lecture silencieuse et l'abandon de la combinatoire phonographique.
L'enfant émet des hypothèses de sens à partir d'indices prélevés et organisés entre eux. Attribuer directement du sens à l'écrit.
Identification des mots mémorisés par le lecteur et anticipation.
La combinatoire n'est jamais enseignée.
Une histoire suivie lue par les enfants en s'aidant de pages bleues qui servent de référentiel.
Des exercices d'entraînement.
Des écrits sociaux: extraits de catalogues, recettes de cuisine, fiches de fabrication…
1. Le maître part de l'image qui illustre le récit.
2. Les élèves font des hypothèses en interprétant l'illustration.
3. Le maître montre le texte, les élèves trouvent ce qui est écrit en s'aidant des hypothèses émises, et de la page de droite qui contient des vignettes illustrant chacun un mot au singulier et au pluriel.On peut déduire le mot écrit grâce à sa représentation.
4. Par comparaison on recherche où se trouve le mot dans le texte.
Les exercices visent tous à la discrimination visuelle et à la mémorisation de mots
La méthode " synthétique " Appelée aussi " méthode alphabétique ".
Elle part des unités les plus petites de la langue orale ( le phonème) et de la langue écrite ( le graphème) pour construire de unités plus grandes (combinaison de sons et de lettres, syllabes, …) puis des mots, des phrases, du texte
Cette méthode apprend à l'enfant à
- distinguer des unités minimales (sons ou lettres) en faisant des activités de discrimination visuelle de lettres et de discrimination auditive des sons de la langue.
- effectuer des activités de segmentation de ces unités dans la chaîne écrite (les mots) et la chaîne parlée ( le flot de sons lorsqu'on parle).
Méthode synthétique : voie directe, voie indirecte
Voie indirecte : Le moment où l'enfant, décode les mots en les identifiant par leurs unités graphiques.Il décompose ce qu'il voit: le mot en lettres et ensemble de lettres, pour retrouver les correspondances sonores et leurs représentations mentales, leurs sens associés " b…br…bra…bran…ch…che,branche, ah oui une branche d'arbre! "
Approche mécanique de la langue écrite, en lecture et en écriture des mots.
Voie directe : Une lecture orthographique.
L'enfant, par sa pratique régulière, identifie de plus en plus de mots " en bloc " sans avoir besoin de les décomposer. Il associe sa mémoire visuelle et sa mémoire phonologique.
Pour que l'enfant puisse identifier un mot nouveau: il faut des stratégies, elle sont souvent personnelles aux élèves elles seront enrichies d'expériences multiples de lectures.
L'enseignante peut mettre en place des moments systématiques d'analyse. Moments clairement identifiés ou courts.
A partir de matériaux écrits l'enfant formule des hypothèses sur le fonctionnement de la langue. Il utilise d'abord des fragments restreints( souvent des mots) pour construire un message écrit ( une ou plusieurs phrases) il est amené à faire des suppositions sur les mots, à partir d'indices contextuels dans la phrase avant d'en mémoriser la forme visuelle. Puis il analyse le code écrit pour en déduire le fonctionnement de manière de plus en plus précise, sans référence à la langue orale en particulier. Oral et écrit sont même parfois considérés comme des codes distincts.
La méthode analytique est une entrée dans la lecture par le texte et une immersion dans l'écrit. Elle préconise un aspect immédiat et prioritaire au texte. La part accordée aux pratiques culturelles de la lecture, à la connaissance de l'objet livre est donc importante.
Un mélange des méthodes analytiques et synthétiques, à la recherche d'une démarche plus complète et efficace, reprenant à la fois les avantages et les points les plus intéressants de chacune.
L'apprentissage des élèves repose à la fois sur l'étude du code, sur la motivation par l'entrée dans des textes, et sur la maîtrise assez sommaire de quelques unités de la langue. Elle cherche à joindre l'étude technique et l'entrée dans le sens. Elle tente de lier l'entrée dans le texte entendu oralement ou observé, l'étude de sa compréhension et la décomposition de la langue.
Celle qui fut préconisée par Celestin Freinet. Elle donne la priorité à l'écriture et à l'expression. C'est en communiquant oralement et par écrit que les enfants découvrent, chacun à leur rythme, comment fonctionne la langue et apprennent, par l'usage et la médiation de l'adulte, à réutiliser le système de correspondances grapho-phonologiques.
Elle nécessite une grande continuité pédagogique, une réelle connaissance métalinguistique de la langue par l'enseignant et une véritable compétence d'évaluation diagnostique des capacités langagières en développement de chaque élève.
APPRENDRE A LIRE-ÉCRIRE EN MÉTHODE NATURELLE
La Méthode Naturelle de Lecture Écriture (M.N.L.E) issue des conceptions de Célestin Freinet ne peut s'exercer que dans une classe coopérative dans laquelle des situations authentiques de communication sont telles que lire/écrire deviennent, des nécessités d'une vie scolaire ouverte sur la vie sociale.
DIRE, LIRE, ÉCRIRE sont indissociables; Il faut comprendre qu'apprendre à lire est beaucoup plus qu'un simple savoir faire technique et isolé. Il s'agit d'une activité qui implique toutes les dimensions de l'individu, intellectuelle (c'est la pensée qui est en jeu), motrice (l'écrit s'écrit et passe par le geste), affective (expression et communication touchent au plus profond de l'individu.(J-M. Mansillion)
DIRE : Solliciter la parole des enfants, c'est faire entrer à l'école une part d'affectif liée à leur vécu social ou leur vécu imaginaire (désirs, rêves...) C'est prendre appui sur les savoirs déjà là, sur la culture d'origine. Au sein du groupe la prise en considération de ce que le camarade a à dire va être d'autant plus réelle que chacun va expérimenter le pouvoir, le plaisir de la parole. Pour chacun, être écouté, c'est être reconnu digne d'intérêt. Cela est d'autant plus nécessaire aux enfants qui ne font pas partie des " nantis " du langage ; " Les questions venant des camarades ou de l'enseignant constituent un aller -et -retour " individu -groupe " qui instaure une dynamique de développement par la rencontre des idées des autres et une incitation à exprimer les siennes " (G. Hérinx) L'enfant qui raconte s'exprime dans sa langue, elle lui vient de l'intérieur. Chaque mot est porteur d'un sens lié à ses expériences, à ses sentiments. Il est auteur, producteur d'un sens qui lui est cher.
LIRE / ÉCRIRE : Les premiers supports de lecture : Les histoires qui ont déclenché des réactions, des commentaires enfin celles qui ont eu un impact certain sur le groupe, nous les gardons en mémoire écrite affichées au mur et dans un recueil des textes de la classe on dit aussi " LIVRE DE VIE ". Ces textes ne placent pas l'enfant dans une situation de vraie lecture, puisqu'ils en connaissent le sens. C'est parce que ces histoires ont déclenché l'intérêt que nous les gardons. Les enfants aiment les " relire " pour le plaisir de retrouver l'émotion ressentie au moment de leur élaboration. Ces textes constituent un dictionnaire affectif. une base de données (expressions, mots, porteurs de sens dans des contextes connus des enfants, liés à des moments forts de la vie de la classe. Ces données sont réutilisables dès le début de l'apprentissage pour lire un autre texte, pour écrire. Le fait d'avoir le projet de garder trac écrite de certains de ces témoignages implique de se mettre à la place d'un lecteur et ainsi de prendre conscience de ce qui est indispensable pour que ce message puisse être compris. Cela va donner une variante du " parler " qui peut être écrit. C'est ce type d'écrits qui va rendre chaque enfant " énonciateur d'écrit " " C'est ce qui va lui permettre de passer de son parler /penser au penser /lire /écrire " comme le dit L. Lentin La correspondance en vraie grandeur, les échanges divers impulsent dans chaque classe de nombreux autres textes découverte. Les histoires reçues des correspondants sont pour la classe des textes découvertes, puisque leur sens est inconnu des enfants. La priorité est la recherche de sens. L'enfant qui a sa place dans la classe coopérative sait la raison d'être de chaque activité.
ÉCRIRE : Comment l'enfant peut-il procéder du départ de l'apprentissage jusqu'à un savoir écrire de plus en plus autonome et performant ? La dictée à l'adulte est sa première production, il souhaite que ce qu'il dit soit écrit. L'enseignant écrit, l'enfant comprend bien que l'écrit note le langage. Ce n'est pas lui qui écrit mais c'est lui qui produit le sens. Il est donc bien auteur. Dans un deuxième temps, il formule son message. Il peut être aidé par l'enseignant, je dis " aider à formuler " et pas remplacer sa formulation par une autre. Les mots choisis par lui sont au plus près de ce qu'il pense. L'enseignant l'aide à prendre conscience du premier mot ou expression dont il a besoin pour écrire son message et l'incite à puiser dans les textes qui ont été travaillés et qui sont stockés dans son livre de vie. Au début il a besoin d'aide car il ne sait pas segmenter l'écrit en mots. Lorsqu'il a trouvé, dans un texte, le mot qui lui est nécessaire il le copie, la lenteur et la rigueur du geste graphique exige de nombreux regards qui l'ancrent dans sa mémoire visuelle. II garde la mémoire d'où il l'a trouvé et aussi le souvenir de comment il a fait. Les mots qui lin manquent sont donnés par l'enseignant mais il se souviendra qu'ils font partie de son histoire car il écrit pour exprimer du sens qu'il a vécu, ressenti, qui va constituer pour lui une mémoire écrite de quelque chose qui le concerne, qu'il va garder pour lui ou envoyer à un destinataire réel. Ce texte, c'est le sien, il lui appartient: il est l'écho de son expérience personnelle. Ces mots là sont les premiers qu'il reconnaît. Produire de l'écrit est une activité très individualisante. Chacun produit avec ce qu'il sait faire. Il est vraiment actif. en recherche et c'est là qu'il conceptualise la langue, qu'il découvre des parties de son fonctionnement. qu'il découvre des ressemblances, des différences, des régularités. Certains prennent des repères très fors à l'intérieur des mots. Certains comprennent le fonctionnement alphabétique de la langue presque sans aide grâce aux nombreuses recherches pour lire pour écrire, grâce aux observations dans les textes. D'autres ont besoin d'aide.
Danielle De Keyzer
Etude de cinq manuels de lecture de CP
Ratus et ses amis
Gafi le fantôme
Lire au CP
Lecture en fête
Grindelire
L'outil " manuel " et son impact sur l'apprentissage de la lecture, mérite d'être choisi, utilisé à bon escient et de manière cohérente, et maîtrisé par les praticiens dans l'intérêt de leurs élèves.
Un manuel qui s'organise exclusivement autour du personnage principal. Outre le manuel on trouve le cahier d'expression livre du maître, livres de la bibliothèque de Ratus, " pour apprendre à lire en lisant, un livre de lecture courante: Ralette et ses amis ( CP/CE1), des tampons de Ratus ( 16 timbres à imprimer et un livret pédagogique pour développer l'expression écrite et la capacité de compréhension des enfants, et encore " le théâtre de Ratus ", et enfin " les bravos et les images de Ratus "
Il s'affiche comme un roman scolaire par son titre et l'illustration de sa couverture. Qui se veut dynamique et virevoltante. Le manuel commence par un grande image sur la double page Celle-ci a pour fonction de nous faire entrer dans le monde du conte qui serait confondu avec le monde de l'apprentissage de la lecture. Ratus et ses amis
Manuel très exclusif, ne s'ouvrant à aucun autre type de texte ou à un autre auteur. Cela ne préjuge en rien l'utilisation souple que l'enseignant peut en faire. Dans la démarche pédagogique le maître peut l'escorter de toutes sortes d'autres récits ou types de textes. La question se pose: Quel intérêt de donner une forme apparemment littéraire à des phrases faites pour le déchiffrement ?
Etude des critères de RATUS
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Gafi le fantôme, Gafi le fantôme METHODE DE LECTURE
Ceci manifeste une superposition de " livre " et de " méthode " voir une confusion. Ici Gafi est le médiateur de l'apprentissage.
Cette méthode entend faire reposer l'apprentissage sur " des scénarios vivants, des textes toujours attractifs, drôles et cocasses ".
La relation complémentaire entre les images et le texte permet de présenter dès le début une véritable histoire, les images séquentielles disparaissant progressivement pour faire plus de place au texte.
Dès le début s'affirme un ancrage dans l'oral " Tralala, c'est moi Gafi ", " C'est Gafi ", " Moi, c'est Gaphi " ou dans l'image situation " là, c'est Gafi le fantôme, là c'est Mélanie la chipie "
L'accent mis délibérément sur la reconnaissance de graphies, simples ou composées, va donc de paire avec des phrases ou des groupes de phrases dont la motivation première n'est pas le récit. La volonté de faire sens se heurte à la limite imposée par la répétition de sons ou le faible stock de mots connus.
On arrive à un type d'écrit particulier:
Ah! Ah!
Mélanie a vu un fantôme
Mélanie, c'est une chipie
D'autres types de textes apparaissent dès la page 40: des documentaires ( le loup ), des poèmes dans le cadre de la " chasse au ch "
Sans parler de littérature, on trouve dans Gafi un esprit général des anecdotes marquées par le comique ce qui rejoint le ton dominant de la production contemporaine des livres divertissant des enfants.
A l'intérieur de son univers propre, Gafi est nettement plus varié, plus aventureux, que Ratus.
Etude des critères de GAFI
Les auteurs caractérisent " les personnages du livre ", deux enfants: " ils fréquentent la même école. Nous les avons voulu sans caractère trop défini pour que chaque enfant de la classe puisse se " projeter " dans l'un ou l'autre. Les thèmes sont creux de la vie de l'enfant, " avec sa banalité quotidienne, ses imprévus, sa fantaisie " donc aucune prétention littéraire, pas de héros ou de personnages dotés d'une psychologie propre.
Ce manuel insiste dans sa " présentation sur la compréhension ", sur l'activité réelle des enfants et sur la diversification des rencontres avec les textes. 2 séries de textes :
- Les " textes suivis " organisés autour de ces personnages familiers
- Les " textes hors progression ", poèmes, contes, textes à caractère formatif ou scientifique, etc.
L'ouvrage s'organise de façon régulière en série de sept doubles pages où les phrases illustrent des images dédiées à deux enfants. Les prénoms prennent une place considérable: c'est en quelque sorte le personnage qui appelle le sens, dans un processus privilégiant l'affectivité. A ce stade, il faut parler plus d'un travail de reconnaissance que de compréhension.
Les textes sont des juxtapositions de phrases, en l'absence de coordination.
Etude des critères de LIRE AU CP
Lecture en fête s'appuie aussi sur des personnages médiateurs. Les auteurs parlent de " textes vrais d'une grande variété ", " d'écrits authentiques " et de " textes surprises où l'imagination et l'humour alternent avec des récits réalistes qui renvoient à l'expérience enfantine "
Ils font une place particulière à la poésie, qui est annoncée parmi les 9 modules composant le livre 1, entre ces textes surprises et les pages de combinatoire.
Le manuel est inscrit dans une communication avec le lecteur et, précédant ces modules, une page représente une sorte de carte de visite qui vise à donner le sentiment d'une relation directe avec le jeune lecteur.
Les modules :
- Le premier module Présentation des trois amis sous forme de bande dessinée, l'écrit renvoie fortement à l'oral en jouant sur la répétition de structure.
- Le deuxième module " En vacances ", introduction de reproduction fidèle de deux affiches, deux paysages accompagnés chacun d'un commentaire.
- Les autres modules reproduisent aussi divers types d'écrits.
Certains textes s'inscrivent dans une perspective de " production d'écrit ": l'élève est appelé à donner une suite.
Etude des critères de LECTURE EN FETE
La langue utilisée est la langue même des récits : ils sont racontés au passé avec l'utilisation de l'imparfait et du passé simple, ils ne posent aucun problème de compréhension aux élèves.
Les auteurs insistent sur la nécessité de se forger une culture.
La prise en compte, désormais obligatoire, de la compréhension, appelle du texte et des auteurs, la nécessité d'un travail sur le code, la nécessité d'une approche littéraire.
Etude des critères de Grindelire
ETUDE COMPARATIVE