Elle avait mis son réveil très tôt ce matin-là. Mais
elle était déjà là, appuyée contre la grille du lycée. Ses yeux gris
comme un ciel nuageux regardaient fixement la serrure du portail ; elle
semblait ailleurs. Ses doigts fins tripotaient nerveusement les boutons
de sa veste. Elle restait insensible au bruit que faisaient les autres
jeunes qui sagglutinaient autour delle. Soudain elle se
redressa et réajusta sa veste car le gardien venait douvrir la
porte. Pensive, elle ne répondit pas au sourire quil lui adressait.
Elle marcha calmement vers la porte du hall, les bras croisés sur sa
poitrine. En entrant, elle chercha des yeux un des sièges en bois qui
meublaient la grande salle. Elle sassit gracieusement et croisa
ses longues jambes. Elle jouait avec une mèche de cheveux blonds rappelant
le sable des îles quelle enroulait autour de son doigt. Son visage
reflétait toute lanxiété quelle se refusait à avouer. Ellle
décroisa ses jambes et sappuya contre le dossier de sa chaise,
ne sachant que faire. Elle fouilla dans son sac et en sortit quelques
biscuits quelle grignota presque machinalement car elle navait
rien pu avaler ce matin-là. Nerveusement, elle tira ses longs cheveux
bouclés vers larrière et les attacha avec un chouchou de velours
bleu. Le manque de sommeil lui avait donné mauvaise mine. Elle ne cessait
pas de se lever, de faire les cent pas, de se rasseoir, de croiser,
décroiser, recroiser ses jambes. Elle lissait ses sourcils ou mordait
ses lèvres rouges comme une pomme bien mûre. Elle savait que bientôt,
on donnerait les résultats de cet examen, et liminence de cette
annonce accroissait sa nervosité.
Soudain, ses battements de coeur saccélérèrent
car le proviseur venait dentrer. Elle bondit de son siège telle
un fauve fonçant sur sa proie ; ses yeux se fixèrent sur la liste quil
tenait entre ses mains. Elle avait envie de lui arracher cette liste
des mains pour voir enfin si son nom y figurait. Les minutes suivantes
ségrénèrent avec la lenteur des gouttes deau qui tombent
dun robinet mal fermé. Des gens autour delle avaient déjà
laissé éclater leur joie.
Le proviseur lisait lentement :
« Demonti, Amélie. »
Elle nentendit pas la suite. Elle gémit de
joie, se fraya un chemin parmi ceux qui attendaient encore. Elle poussa
la porte, tomba sur un banc et sanglota de bonheur et de soulagement.