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Un article extrait du journal du collège

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Nouvelle

Autour de moi, il n’y a rien. Je suis dans une pièce blanche. Dans ce néant presque absolu, se trouve un lit d’hôpital et je suis dedans. Depuis quelques mois déjà, je demeure dans cette salle à laquelle je me suis accoutumée. Pour seule compagnie, des hommes en blouse blanche un peu idiots viennent me voir assez souvent. Mais une fois le seuil de ma chambre franchi, il n’est plus question pour eux de respirer l’air qui s’y trouve sans masque de protection. Ces hommes-là ont peur. Ils meurent de trouille rien qu’en prononçant mon nom. En effet, " Charlie Hadley " rime très bien avec le mot " souffrance ". La Mort en personne s’amuse à versifier ces deux termes. En fait, ces cons de médecins craignent de choper la sale maladie qui va sans doute bientôt éteindre mon âme. Avant mon vingt-cinquième anniversaire, en juin peut-être. Je vais mourir. Je le sais et ne crains pas du tout cela. Le verbe " mourir " est peut-être trop brutal pour vous. " Mourir " est un mot qui ne me fait plus peur. J’ai pris l’habitude de voir les larmes et le sang couler.

C’était il y a quelques mois, en Corée, je voyais la mort dans les yeux d’innocents se faisant abattre comme des bêtes par dizaines. La guerre avait frappé ces maudites terres où les dieux avaient oublié les hommes qui croyaient en eux. C’est donc lorsque tout commença, en 1998, que je luttais pour que ces morts que je voyais tous les jours, périssent dans la dignité, pour que leur âme soit sauvée et pour que toute cette haine s’efface à jamais.

Le 13 novembre 1998, le Général Clemp avait rassemblé les armes de notre régiment pour nous annoncer la nouvelle. Celle que nous attendions depuis des semaines et pour laquelle notre entraînement était devenu chaque jour de plus en plus intensif. La décision avait été prise. La date officielle était le 26 décembre de l’année 1998. Le jour où l’on devait nous envoyer dans ce pays maudit qu’était la Corée. Dans ce pays de guerre et de sang.

Les premiers jours furent assez faciles. En une nuit, nous avions installé notre camp. Nous étions sans doute au nombre de cent lorsque nous arrivâmes là-bas, sur ces terres maudites qui nous faisaient si peur. Les armes étaient sans cesse chargées, prêtes à envoyer leurs balles meurtrières au moindre bruit.

Les jours suivants furent les plus durs. Une dizaine d’hommes mouraient chaque jour. Tous les soirs, lorsque nous nous endormions, nous pensions au lendemain, peut-être le dernier jour de notre vie. C’était terrible. Nous vivions un véritable carnage où nos amis coéquipiers se faisaient tuer sous nos yeux, remerciant le ciel d’être encore vivants après cela.

Je devais avoir une dizaine d’années lorsque j’avais décidé d’être militaire de carrière. M’engager dans la légion était un de mes rêves. C’était merveilleux de songer à cela, il y a longtemps. Aujourd’hui, en 2006, ce n’est plus pareil. Le monde est en train de se détruire, les peuples s’entre-tuent, la couche d’ozone diminue d’année en année à cause de la pollution qui ne cesse d’augmenter. Pour survivre à toutes ces guerres, il faut savoir se battre; il ne faut pas avoir peur de la mort. Il ne faut pas non plus avoir peur de crever la dalle et de froid, lorsque l’on reste plus de deux jours, blotti contre son arme, caché dans un trou creusé dans une forêt sans une balle à tirer en cas de danger. Il n’y avait presque pas d’hygiène et de nourriture convenable dans notre camp rudimentaire où nous ne pouvions pas faire autrement. Pourtant il nous fallait résister et continuer à nous battre comme les premiers jours. Une personne, une seule avait été touchée par un virus qui traînait. C’était moi. Peut-être parce que j’étais la plus faible, la seule femme du camp? J’ai lutté pendant des jours, cette fois-ci contre cette maladie qui m’avait rendue encombrante et causait de nombreux dangers pour les hommes du camp. Il était nécessaire que des soins spécifiques me soient dispensés. Ce mal les obligea donc à me rapatrier vers les Etats-Unis d’Amérique où les médecins étaient les plus performants en ce domaine. Je reçus de nombreuses lettres du camp. J’étais regrettée de tous. Ils étaient mes amis; Les seuls que je n’avais jamais eus. Puis les lettres devinrent un peu plus rares. Et de plus en plus.

Lorsque j’étais gosse, un de mes rêves était de voir la fin du monde. Plutôt étrange comme rêve pour une fillette de cet âge…non? Mon entourage me répétait souvent que c’était incohérent, assez bizarre aussi parce que si j’assistais à la fin du monde, mon âme s’envolerait, comme celles de tous ces terriens inconscients qui n’y comprenaient rien. Cette petite fille qui disait que la Mort était sa seule amie et que tout le monde mourrait dans quelques années, tout le monde sans exception, c’était moi.

Toute cette nostalgie et ces souvenirs douloureux dans ma tête me font presque oublier cette seringue à l’aiguille immense que vient de planter dans une de mes veines le docteur en blouse blanche. Je n’ai pas mal, mais tout ce sang que l’on m’enlève chaque jour me rappelle les pires horreurs de Corée.

Enfin, je me retrouve seule dans ma chambre. Pensant à Clemp et aux autres, aux Coréens tués sauvagement et baignant dans leur propre sang. J’essaie d’oublier cette guerre qui ne finira sans doute jamais. Je ferme les yeux et décide de me lever afin de jeter un oeil dehors. Mes pieds se mettent à traîner lamentablement. Le soleil me réchauffe le visage. Mes yeux balaient le paysage. Soudain, je vois une boule de feu qui envahit mon champ de vision. Et c’est à ce moment que je comprends que la planète se fait anéantir par ces putains de terriens qui la croyaient immortelle. Je viens aussi de comprendre que je suis en train de réaliser un de mes rêves.

Charlie, 3ème